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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 22:27

Il y a 11 ans, j'ai écrit ce texte, après le départ de ma fille et de son amour, pour un nouveau pays qu'ils se sont choisis. Aujourd'hui, en visite chez eux, et en ballade avec eux à Ottawa, je me dis qu'il est plus que jamais d'actualité...



Toute petite déjà elle ne rêvait que grands espaces, pays lointains et, le soir dans son bain, faisait rêver son frère en lui disant : 

Tu sais moi, je partirai loin, très loin et j’irai même très loin comme ….l’Italie… 

.En fait, l’Italie, c’est lui qui y a été, mais ceci est une autre histoire dont je vous parlerai peut être, un soir de nostalgie où le cœur d’une mère louve sera en mal de son petit loup ….Ce soir je vous parlerai de la petite louve, première en son rang dans une fraternité de trois.

 

Est-elle partie me direz vous ? OUI !!!!!!!

Elle est partie loin, si loin, très loin, trop loin parfois et pourtant toujours si proche, si terriblement là.

 

En fait, le cheminement qui est le leur a été long, avec des annonces du type : « allo maman, dis-moi, j’ai un truc très important à te demander, c’est grave, tu sais ». Mon cœur de mère s’affole, sont-ils malades, a t’elle des ennuis. » Tu dirais quoi si au Canada on demandait la nationalité canadienne ? Ouf, mon cœur se calme, et le rire qui répond à sa demande semble la rassurer. Mais bon, voilà comment mère d’une petite française on se retrouve maman et grand-maman de canadiens bon teint. On se refait une hérédité d’un coup de fil, car je gage que mon accord n’était que de principe, la décision semble prise.

 

Des démarches qu’ils entreprirent, je n’ai que le souvenir de grands espoirs puis de grandes déceptions, de confidences difficiles sur les décisions que cela engendre, de bilans et de plans d’actions écrit et mis en œuvre pour que tout se fasse en temps et en heures, et de joies magnifiques, d’espoirs insensés, de rêves d’avenir.

 

Comment vivent les parents de ces drôles d’enfants pour qui le monde est leur jardin ? Bon, je vais tout vous expliquer, car l’idyllique description d’Anne demande à être tempérée par la vision maternelle d’un départ annoncé . J’ai rédigé les dix commandements (qui sont devenus 15, désolée) de la mère de l’expatriée.

 

1.     Tu ne penseras ni n’exprimera que c’est aller bien loin pour se retrouver soi – même. Ceci est une expérience qui n’appartient qu’à l’expatriée, elle doit la vivre même aux dépends de sa mère éplorée.

 

2.     Tu chériras le bonzaï de l’expatriée et chaque matin tu te désoleras de le voir crever dans un coin : n’avait qu’à la suivre quoi , c’est vrai, non. Et tu offriras au ficus de l’expatriée la meilleure place dans ta vie  et chaque jour etc….non celui-là résiste encore, mais combien de temps ?

 

3.     De l’appartement de l’expatriée tu ne feras pas ton oratoire de souvenirs : s’ils t’ont donné les clefs, c’est juste pour que tu le vendes, pas pour que tu y retrouves l’odeur de l’expatriée, ni pour t’émouvoir sur les restes du frigo.

 

4.     Tu soutiendras l’expatriée dans chacune des étapes de l’obtention du visa en évitant de les laisser voir ton sourire en coin : quelques mois de plus c’est toujours bon à prendre.

 

5.     Tu participeras avec joie à la fête organisée pour l’obtention du visa en évitant de laisser voir le blues qui pointe en ton cœur de « louve de mère » à l’idée que son bébé louve a trouvé un territoire plus vaste.

 

6.     Tu recueilleras avec tendresse les émois, les coups de cafards, les angoisses des deux expatriés chaque jour trois mois avant le départ. Chacun son tour y allant de « j’suis déjà parti, c’est super » alors que l’autre se dit «  nos amis, nos meubles, nos habitudes, nos familles ouïe «  tout cela avec bien entendu une parfaite maîtrise de tes propres états d’âmes fluctuants : S’ils sont heureux, tout va pour moi, oui mais 6000 km et un océan c’est loin pour arriver si ca va pas, oui mais la joie et le bonheur qui les anime etc….. (Journal détaillé par étapes sur demande pour toute future mère d’expatriée….)

 

7.     Tu t’initieras avec application à icéqu, le wouaibe, internet et l’informatique sans juger ni tempêter : la machine n’est responsable que des clics que tu lui mets et l’expatriée n’y peut rien, son frère par contre pourrait m’aider un peu plus quoi c’est vrai, non mais, c’est pas parce qu’il est lui aussi expatrié (ceci est une autre étape de la complainte de la mère de l’expatrié, à suivre) qu’il faut me laisser tomber devant une machine hostile et complètement bornée . (il n'est plus à ce jour expatrié, mais 600 km c'est loin quand même :))

 


.  8 Au déménagement tu donneras le coup de pouce essentiel : sans problèmes tu recueilleras les invendus, et s’il le faut tu achèteras les invendables pour cause d’attachement ou autre.

 

9.     Et le jour du départ, la malle encombrante tu chargeras, le sourire aux lèvres et le cœur en berne.

 

10. Sans hurler tu accepteras que la chatte de l’expatrié te laboure la main quand tu aideras à lui donner le remède contre le mal de l’air : l’est trop vieille pour la saccager, l’est trop peste pour y remédier, l’est trop douce pour lui en vouloir.

 

11. Et lorsque tu les verras tout à coup, si vite,  lentement mais trop vite, s’élever par cet escalator lumineux, alors tu pourras laisser ton cœur rire et pleurer à la fois tout en fredonnant la chanson qui dit que « l’horizon est ta maison….. » Un destin se forge à la hauteur de leurs rêves, ils sont allés au bout de leurs rêves, rien de mal ne peut plus leur arriver………..

 

12. Et lorsque ta voiture reprendras, évites de passer par la case « faut que je passe chez l’expatriée pour ranger, nettoyer, récupérer l’aspirateur » parce que là je te jure, tu craques comme c’est pas possible, et non ils ne t’ont pas laissé les clefs pour nourrir ta nostalgie. Heureux, ils sont heureux, alors toi, t’as l’air un peu bête de vivre dans tes souvenirs alors qu’ils sont en train de te fabriquer un avenir………..(Pour « l’avenir », il a 9ans et des poussières. C'est lui qui m'a donné ma première leçon de "grand'mamie", me faisant passer de"mère" de l’expatriée à Grandmamie d'un petit Caribou, ce matin d’été où il nous est arrivé…..)

 

13. Une pendule tu achèteras, où tu écriras « Québec », ce qui pendant quelques temps déstabilisera le père et la sœur de l’expatriée jusqu’au moment où tu leurs dira que « c’est l’heure du Québec pour éviter de les réveiller en appelant chaque jour ».

 

14. Fidèle cliente des PTT tu deviendras, et chaque jour pesteras sur les clics qui ne cliquent plus, les sites qui se ferment, les messages « erreur fatale » qui condamnent ta machine à une mort certaine.

 

15. D’une bonne dose d’amour tu te blinderas, d’une bonne dose d’humour tu consommeras, et chaque jour regardera, le ciel ou les étoiles, puisqu’il paraît qu’il est le même ici et là-bas. Un pont sur l’infini qui nous relie, enfants du monde pour qui l’horizon est la maison….Je vous aimes.

 

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Published by Michelle Bourgoin - dans LA VIE tout simplement
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commentaires

cathy 19/03/2009 16:49

ils viennent de me prévenir qu'ils s'expatrient pour auckland, nouvelle zelande, les bonheurs de ma vie partent, ma fille, mon gendre les deux petits de 2 ans et 6 mois, j'ai l'impression de vivre un deuilc'est loin, très loin.

Michelle Bourgoin 19/03/2009 17:13



Bnjour cat66hy,


Oui c’est comme un deuil au début, puis très vite, on comprends que non, c’est juste nos enfants qui partent
 la rencontre de leur bonheur, de leur vie, et nous, les grand’mères nous apprenons alors une nouvelle façon de créer des liens avec les petits et une nouvelle façon d’aimer nos enfants. Je
vous promets que le grand vide du cœur devient un grand élan d’amour.


 


J’ai compris très vite que si je voulais voir grandir Tom, du Québec et Joseph de Paris il me fallait
beaucoup me déplacer, beaucoup leur écrire, même s’ils ne savent pas lire, la maman en profite J, et beaucoup utiliser la caméra, le net etc…Et peu à peu, nos liens s’enracinent dans une nouvelle façon
d’aimer.


 


J’ai eu un très grand vide après le départ de ma fille, mais il arrivait un an après la mort de mon frère,
du coup, j’ai compris que la distance n’est pas l’absence, et que nous avons une grande chance, nous les grand’mères d’enfants du bout du monde : ils sont heureux, ils font leur vie, et
leurs enfants nous découvrent à travers des films, des photos (albums remis à jour tous les trois mois J) de calins précieux quand on est avec eux. J’ai appris aussi qu’il me fallait prendre soin de moi pour pouvoir
continuer mes voyages, et j’ai appris aussi à adoucir mes départs par des chasses aux trésors pour les petits, des mots cachés dans les placards pour les grands J


 


Je sais que votre chemin en ce moment est comme un grand fracas, que votre cœur de maman et de grand’mère
est en vrac, mais je sais aussi, que vous allez inventer pour eux, une nouvelle grand’mère volante, une histoire qui les poursuivra toute leur vie.


 


N’hésitez pas à m’écrire, ou à m’appeler les soirs de blues, une année difficile s’entame, mais je vous
promets qu’après, vous serez heureuse avec eux, même de loin .


Un calinbizoux pour vous, parce que dans ces moments là on a besoin de tendresse J


 


Grand’mamie







grandmamie 15/03/2009 14:58

Vos commentaires me parlent :) C'est vrai qu'être "maman" c'est bien souvent plein de paradoxe : nous voulons nos enfants heureux, mais....près de nous, nous voulons nos enfants autonomes, mais...nous intervenons sans cesse dans leur vie, nous voulons nos enfants libres  mais....nous leur créons des chaines sans même nous en rendre compte...Dur dur d'être maman et de porter pour eux les difficultés sans entraver leur liberté. J'aimerai un jour pourvoir me dire : je peux partir là, ils sont bien dans la vie, et en même temps tout mon être se rebelle à l'idée de les quitter. Alors ce départ de ma toute première est comme un "essai", une sorte de test : savoir laisser partir ma fille est peut etre l'apprentissage d'un autre départ qu'ils auront à affronter. Puissès je leur donner les forces et la tendresse pour y faire face.

Hélène d'Espagne 14/03/2009 22:27

Ah! Chère Michelle! Quelle mère admirable, qui laisse s'envoler ses petits le sourire aux lèvres! Ce que nous devrions toutes savoir faire, pour ne pas aigrir leur bonheur, leur nouvelle vie, leurs epoirs; mais je sais que j'en suis incapable, est ce parce que je n'ai qu'elle, ma Fiona? Est ce parce que son papa est mort quand elle avait 7 mois? Est ce parce que j'ai préféré rester seule à lui imposer un homme,qui, qui sait, n'aurait pas su l'aimer? Parfois, j'ai honte de moi-même, je me sens mauvaise mère, mère pas épanouissante, j'ai peur de lui  faire rater sa vie, même si elle semble heureuse sans s'expatrier; en fait, c'est moi l'expatriée, je suis ici depuis mes 20 ans, alors, ma `petite maman, si elle m'avait fait un chantage aux sentiments, je n'aurais pas vécu ma vie? Que c'est difficile d'être mère; désolée Michelle, j'ecris trop, mais j'ai ce sentiment sur le coeur depuis qu e ma fille est adulte, et j'ai saisi l'occasion de m'épancher auprès de vous qui avez un tel talent pour écouter; je vous embrasse.

Luciole 13/03/2009 20:57

Un jour, en commentaire à un post de maman un peu nostalgique sur mon blog, quelqu'un m'a dit "C'est dur de lâcher nos petits non?" ... Je comprends mieux tout ce que cette question recouvrait, aujourd'hui...Sûr que tout le monde aimes aussi la maman de l'expatriée et la grand-mamie du petit caribou!Mille bisous (euh... si j'ai le droit!? )

ms 11/03/2009 14:06

Expatriée depuis 13 ans, j'aurais aimé que ma famille réagisse comme vous. Ils ont vécu ça et vivent toujours ça comme un abandon. Notre départ (en Hollande c'est pas le Pole Nord tout de meme !) s'est fait dans les reproches, les larmes .... Bravo à vous, votre soutien a du beaucoup les aider.

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